Réchauffement climatique : la Bretagne n’est pas épargnée

Une vague de chaleur inédite en Bretagne
La vague de chaleur qui a touché la France au mois de mai a marqué un tournant inédit. Inédite d’abord par sa précocité, c’est la première fois depuis la mise en place du dispositif national d’alerte canicule, instauré à la suite de l’été 2003, que des alertes sont déclenchées aussi tôt dans l’année. Inédite également par sa géographie, puisque les territoires du nord de la France, et notamment la Bretagne, figurent parmi les régions les plus fortement touchées.
Les températures observées illustrent l’ampleur de l’événement : 30 °C à Belle-Île-en-Mer, 35 °C à Vitré, et au moins 121 records mensuels officiellement battus dans les stations météorologiques bretonnes.
Cette situation peut sembler paradoxale. La Bretagne est en effet souvent perçue comme un territoire relativement préservé des fortes chaleurs estivales, bénéficiant d’un climat tempéré et d’eaux littorales fraîches. Cette représentation se retrouve également dans certaines projections climatiques nationales. La Trajectoire d’adaptation au changement climatique indique par exemple que, d’ici 2100, « seules les régions montagneuses, la Bretagne et le littoral de la Manche resteraient largement épargnés par les nuits tropicales », tandis que celles-ci pourraient survenir entre 40 et 50 fois par an dans une grande partie de la moitié nord du pays.
L’épisode vécu en mai rappelle pourtant que la Bretagne n’échappe pas aux effets du réchauffement climatique. Il suggère également que certains impacts extrêmes de la chaleur sur le territoire pourraient encore être sous-estimés.
D’autant que la région présente plusieurs caractéristiques qui la rendent particulièrement vulnérable aux fortes chaleurs comme le souligne le rapport remis mi-mai à l’ARS par l’équipe Cité et l’EHESP.
La Bretagne : une région vulnérable face au réchauffement climatique ?
La première de ces vulnérabilités concerne le vieillissement de la population. Les personnes âgées figurent parmi les populations les plus exposées aux effets sanitaires de la chaleur, tant en matière d’hospitalisations que de mortalité. Or, elles représentent déjà près d’un quart de la population bretonne, une proportion appelée à augmenter dans les prochaines décennies. Cette vulnérabilité est renforcée par plusieurs facteurs cumulatifs : une prévalence importante de maladies chroniques, la prise de traitements médicamenteux, mais aussi des conditions d’hébergement parfois inadaptées dans certains établissements accueillant des personnes âgées, souvent installés dans des bâtiments anciens peu conçus pour faire face aux fortes chaleurs.
La deuxième vulnérabilité majeure concerne la santé mentale. La Bretagne présente une prévalence plus élevée de troubles psychiques que la moyenne nationale. Pourtant, les effets de la chaleur sur la santé mentale restent encore peu pris en compte dans les politiques publiques d’adaptation. Les fortes températures peuvent pourtant aggraver certaines pathologies, augmenter les risques de décompensation, les recours aux soins ainsi que la mortalité associée.
Les vulnérabilités socio-économiques et résidentielles constituent un troisième facteur important. Les populations en situation de précarité sont particulièrement exposées aux effets de la chaleur en raison de logements peu adaptés au confort d’été, d’un accès limité aux solutions de rafraîchissement ou encore d’environnements urbains peu végétalisés favorisant les îlots de chaleur. En Bretagne, cette vulnérabilité est renforcée par les caractéristiques du parc de logements : une part importante des habitations présente un confort d’été jugé insuffisant au regard des diagnostics de performance énergétique.
Enfin, la Bretagne présente également des vulnérabilités territoriales et économiques spécifiques. La région dépend fortement des eaux de surface, particulièrement sensibles aux épisodes de sécheresse et de chaleur, ce qui peut entraîner des tensions sur l’approvisionnement en eau potable. Certains secteurs économiques essentiels, notamment l’agriculture et le bâtiment, sont eux aussi fortement exposés aux fortes chaleurs, avec des conséquences potentielles sur les conditions de travail, la santé des travailleurs et la productivité.
Ces différentes vulnérabilités ont été succinctement présentées par Louis Hognon, chercheur à l’IRSET, au journal de France TV Bretagne le 28 mai.
Anticiper pour protéger la population bretonne
Ainsi, face à l’intensification attendue des vagues de chaleur, l’anticipation devient un enjeu central. Elle suppose de mieux documenter scientifiquement les vulnérabilités, d’améliorer la surveillance des impacts sanitaires, de renforcer la résilience des systèmes de soins. Elle implique également de repenser l’aménagement du territoire, le bâti et les conditions de travail, afin de réduire l’exposition et d’améliorer les capacités d’adaptation des populations.
En définitive, l’enjeu réside désormais dans la capacité des acteurs territoriaux à s’approprier ces éléments pour construire des réponses à la hauteur des défis posés par le changement climatique.